Le coq, le soleil blanc et la patate douce : une petite histoire des relations entre la France et la République de Chine (Taïwan) : Série 2/4
Chapitre 2 – Alliés de circonstances et intérêts particuliers : La France et la question de la Chine Libre
Le 27 janvier 1964, citant le poids de « l’évidence et de la raison » et l’impossibilité de continuer à ignorer l’établissement de la République Populaire de Chine (RPC)1, le Président français, Charles de Gaulle (1890-1970) abandonnait les relations diplomatiques avec la République de Chine (RdC) du Généralissime Chiang Kai-shek (1887-1975). Ce dernier était, depuis 1949, replié sur l’île de Taïwan et avait perdu le contrôle du Continent. C’est généralement par ce seul fait, lapidaire et par ailleurs inexact, que les relations entre la France et le régime de la RdC sont expédiées dans la plupart des monographies consacrées à l’histoire diplomatique française ou au Général. Cette lecture prive largement Taipei (et même Pékin) d’agentivité alors même que la reconnaissance française du régime de Mao Zedong (1893-1976) sonne comme un coup de tonnerre sur la scène diplomatique asiatique. Elle met fin à presque 40 années d’échanges diplomatiques officiels entre Paris et Nanjing puis Taipei sans, cela dit, mettre pour autant fin à des contacts officieux qui se poursuivent jusqu’à nos jours.
Pour mieux comprendre les relations actuelles, en vérité quasi d’État à État (elles en ont tous les atours, sauf le nom), entre la France et Taïwan, il s’agit de replonger dans cette histoire diplomatique peu connue mais pourtant foisonnante. Il faut se demander comment ces relations se sont bâties à l’aune des volontés d’unification de la Chine, mais aussi des volontés d’indépendance, marquées à Taïwan depuis les années 1980. L’objectif de cette série d’articles est donc de regrouper et de contextualiser tous les éléments de rapports diplomatiques et politiques, économiques et culturels entre la France et la République de Chine, d’abord sur le « Continent » (大陸, dàlù, sous-entendu ici la Chine Continentale), puis à Taïwan.
Dans ce second chapitre, il s’agit de revenir sur la période diplomatique particulière de 1945-1964. La capitulation japonaise a en effet ouvert une nouvelle période. La République de Chine est en quête de respectabilité internationale, surtout maintenant qu’elle est reconnue comme l’une des principales nations victorieuses. Mais le régime se fissure de tous côtés : l’inflation est galopante, les guérillas communistes de Mao Zedong représentent une véritable menace, renforcées par l’affaiblissement parallèle des armées gouvernementales. La France, elle, est en pleine phase de reconstruction. La République a voué Vichy aux gémonies, de même que les traités signés par le Maréchal, jugés nuls et non avenus. De fait, Paris récupère ses concessions en Chine pour un temps. L’Indochine reste cependant en proie aux troubles : il n’y a pas eu d’opération alliée pour récupérer la péninsule et, le lendemain de la capitulation japonaise, Hô Chi Minh (1890-1969) a balayé le fantoche Empire du Vietnam installé par Tōkyō pour déclarer, le 2 septembre, une République démocratique du Vietnam. La question indochinoise va ainsi réguler les relations entre Paris et Nanjing dans un premier temps, plongeant quasiment les deux régimes dans un conflit ouvert interallié. L’échec de Chiang Kai-shek et l’exil de ses hommes sur l’île de Taïwan rebattent cependant complètement les cartes. La France tente bien de s’accrocher à ses intérêts en Chine mais la dynamique internationale de la Guerre Froide impose son tempo. Taipei et Paris entretiennent alors des relations diplomatiques de second plan, malgré des intérêts communs, jusqu’en 1964. Après de longues délibérations, la France de De Gaulle finit par décider la reconnaissance de la République populaire. Pourtant, loin d’abandonner son frère d’armes Chiang Kai-shek et d’accepter la revendication de Pékin sur Taïwan, la position du Général reste largement mésinterprétée aujourd’hui. Il s’agit alors de rendre son agentivité au régime de Taipei dans cette décision et de remettre en contexte la décision française et ses conséquences.
Les deux soleils : L’Indochine et la Guerre Civile Chinoise
La question indochinoise est brûlante pour Chiang Kai-shek. Pour lui, c’est une dague tournée vers le flanc de la Chine et il est crucial que son gouvernement influence la péninsule. Il avait obtenu en 1942 l’intégration de la colonie française dans le théâtre « Chine » du commandement interallié. Dorénavant, depuis la Conférence de Potsdam, il était clair que l’armée chinoise se chargerait du désarmement des troupes japonaises au nord du 16e parallèle. L’Indochine et le Vietnam se retrouvent pour la première fois divisés à la ligne médiane, entre zones d’occupation chinoises et anglaises. Le général Lu Han (1895-1974), cousin du seigneur de la guerre francophile du Yunnan Long Yun, mène les 60e, 93e et 9e armées chinoises à Hanoï pour obtenir la capitulation nippone le 28 septembre. Ils portent secours à des résistants français capturés par le Viet Minh, notamment Pierre Messmer (1916-2007), parachuté en août pour devenir commissaire de la République à Hanoï, mais maintiennent la majorité des Français arrêtés par les Japonais en prison2.

Les Français se retrouvent cependant pris au piège des conflits entre Chiang Kai-shek et ses rivaux intérieurs. Long Yun se place plutôt dans la frange libérale du KMT et cherche à empêcher le gouvernement central de prendre le contrôle de sa province. Chiang profite alors de l’envoi des forces de Lu Han au Tonkin pour renverser Long. Lu Han s’inquiète de sa position malgré sa nomination au poste de gouverneur du Yunnan et cherche à s’accrocher au Tonkin pour renforcer sa position au sein du KMT3. De plus, si le gouvernement central réfléchit à rendre le Tonkin le plus vite possible pour se concentrer sur la guerre civile en gestation dans le pays, les généraux autonomes du sud voient leur intérêt dans un Vietnam indépendant, dirigé par le Việt Nam Quốc Dân Đảng (VNQDD) qu’ils soutiennent en sous-main.
Les tensions entre les deux pays s’accroissent d’août 1945 à mars 1946, alors que le général Leclerc piétine dans l’attente de pouvoir débarquer et que les Chinois refusent le retour de la Colonne Alessandri. Un accord franco-chinois est finalement trouvé le 28 février 1946. Malgré les espérances des Français de Shanghai, le gouvernement abandonne (pour la deuxième fois donc) ses concessions et ses avantages en Chine4. La situation n’est pas encore réglée cependant. Il faut encore trouver un accord pour l’arrivée des forces françaises. Les malentendus s’accumulent et Leclerc finit par tenter de débarquer à Haïphong le 6 mars, à la surprise des forces chinoises qui décident de résister. De fait, le général Raoul Salan (1899-1984) avait négocié avec les envoyés de Lu Han un débarquement le 7. Ce malheureux incident fait 32 morts côté français et 19 morts côté chinois. Le général Lu cherche à se dédouaner malgré le ton triomphant d’une partie de la population du Tonkin qui célèbre une « victoire conjointe sino-vietnamienne » contre la France5.
L’incident est cependant liquidé avec diplomatie et Chiang Kai-shek permet l’arrivée des Français au Tonkin le 13 mars. À la mi-mai, les troupes chinoises ont passé la frontière. Le gouvernement français envoie, au même moment, des missions spéciales à Moscou, Londres, Washington et Chongqing6, pour montrer la bonne volonté française auprès de ses alliés7. La délégation en Chine est menée par le chef d’état-major Alphonse Juin (1888-1967) dans la deuxième moitié du mois d’avril. L’accueil est très chaleureux, l’affaire du Tonkin étant désormais dépassée. Juin décore Chiang Kai-shek de la Grand-croix de la Légion d’Honneur et de la Croix de guerre8.
Les relations semblent alors au beau fixe et les deux pays se concentrent sur leurs crises internes. En Chine, Mao Zedong s’est soulevé et les combats entre nationalistes et communistes s’intensifient en Mandchourie. Pour la France, le conflit indochinois s’embourbe. Les accords de Fontainebleau entre Paris et Hô Chi Minh ne règlent pas grand-chose malgré le retrait chinois et même Chiang Kai-shek en est conscient, notant dans son journal que « la guerre civile du Vietnam a débuté »9.
L’effondrement du régime nationaliste, débuté à la fin de l’année 1947 et largement visible à partir de la fin 1948, est matérialisé en janvier 1949 lorsque les communistes s’emparent des villes de Mandchourie et du nord de la Chine. Dès décembre 1948, l’ambassadeur Jacques Meyrier anticipe la catastrophe et fait discrètement déménager les archives confidentielles de la mission française à Shanghai. Surtout, le contact avec les consulats du nord-est est coupé. Joseph Siguret (1901-?), le consul de Tianjin, réussit tant bien que mal à organiser le réseau diplomatique français dans la région alors que les villes tombent aux mains des communistes10.
À partir d’août 1949, alors que le personnel diplomatique est en déshérence et suit le régime nationaliste à l’exception des hauts postes restés en Chine du Nord, la France fait déplacer son consulat de Chengdu à Taipei, sur l’île de Taïwan. Depuis juin, le diplomate Francis Huré (1916-2021) représente les intérêts de la France dans l’archipel et sert d’éclaireur au Quai d’Orsay qui a compris que Chiang Kai-shek compte s’exiler là-bas11. La présence consulaire française dans l’île date de 1942, lorsque Vichy a ouvert un consulat à Taïhoku auprès des autorités coloniales japonaises12. Le 9 octobre 1949, après avoir tenté un temps de dialoguer avec les nouvelles autorités de la République populaire, le personnel diplomatique français évacue pour Hong Kong à l’exception notamment de Michel Bréal, consul de Pékin, qui suit les événements pour Paris, et du personnel du consulat de Canton qui évacue le 1313.
Les exilés de la patate douce
L’île, en forme de patate douce, sur laquelle Chiang Kai-shek et ses hommes se rabattent n’est pas un territoire chinois depuis longtemps. Il s’agit de le préciser. Taïwan ou Formose, comme elle est encore appelée à l’époque, n’est entrée dans le giron continental qu’en 1684, après une très longue période sous la férule de tribus austronésiennes indépendantes, une courte colonisation hollandaise et après avoir servi de siège à un royaume-pirate. L’île n’a cependant reçu le statut de province et été intégrée à l’ensemble chinois de l’Empire Qing qu’en 1885… après la fameuse tentative française pour s’en emparer14. Elle a ensuite été échangée par les Qing en 1895 contre une remise sur les réparations de guerre dues au Japon. Après 50 ans de colonisation et d’industrialisation japonaises, l’île est si peu intégrée dans la vision nationaliste de la Chine que ni le KMT ni le PCC ne la revendiquaient avant 194315. Mao Zedong allait jusqu’à se prononcer en faveur de son indépendance, au même titre que la Corée en 1934, le Parti communiste considérant les Taïwanais comme « ethniquement séparés des Han »16. Seuls la Seconde Guerre mondiale et la volonté de Roosevelt de récompenser son allié chinois justifient ce double revirement lors de la Conférence du Caire de novembre 1943.
L’arrivée des nationalistes est ainsi vue en 1945 comme une invasion exogène par les Taïwanais, surtout que la corruption du gouverneur Chen Yi (1883-1950) provoque de violents troubles en 1947 qui servent de prétexte au gouvernement pour massacrer plusieurs milliers de personnes dans la province17. Chiang Kai-shek et ses hommes paraissent ainsi véritablement sur le chemin de l’exil, dans une terre étrangère, lâchés par leurs parrains américains. La question de la reconnaissance de la Chine populaire se pose alors clairement. De fait, pour la France, la question de ses intérêts en Indochine est primordiale. Les Britanniques, dans le même format, inquiets pour Hong Kong, ont sauté le pas et envoyé un chargé d’affaires à Pékin pour reconnaître officieusement un interlocuteur en Mao Zedong. Cette décision provoque la fureur de Chiang Kai-shek, même si Londres conserve un consul à Taipei.

En France, le président Vincent Auriol (1884-1966) est largement favorable à une reconnaissance de la République populaire. Il est soutenu, assez naturellement, sur ce sujet, par le Parti communiste français et ses 182 députés et par les communautés françaises restées en Chine. Le ministre des Affaires étrangères, Robert Schuman (1886-1963), issu du MRP, est lui plus attentiste. Il souhaite connaître la décision des Britanniques (qui ne tranchent pas vraiment) et des Américains18. En l’occurrence, le mouvement diplomatique français finit par aller dans le sens inverse d’une reconnaissance : les consulats de Hankou, Mukden (Harbin), Chongqing et Longzhou sont fermés en 1950 alors qu’ils avaient maintenu une activité de basse intensité face à des élites plutôt hostiles. L’alignement de la Chine derrière Ho Chi Minh et Kim Il-sung que la France affronte en Indochine et en Corée n’aide pas et, à partir de décembre, le gouvernement communiste supprime progressivement toutes les institutions culturelles, sociales ou religieuses liées à la diplomatie française. Les consulats de Kunming, Shanghai, Nanjing, Hankou et Tianjin ferment définitivement au long de l’année 1951 et les communistes chinois menacent même les consuls français d’arrestation. Le dernier poste restant en Chine est le Bureau détaché de Pékin (l’ambassade a déménagé à Hong Kong). En décembre 1953, les activités françaises en Chine sont définitivement liquidées19.
Symbole d’une hésitation forte de la France entre les deux Chines, le sort des soldats du général Huang Chieh (1902-1995) est un bon exemple. À la tête de 30 000 hommes, le général Huang a traversé la frontière indochinoise en fin d’année 1949 dans l’espoir de pouvoir rapidement embarquer ses hommes pour Taïwan. Les Français, très inquiets de l’arrivée d’une masse de Chinois en armes, négocient avec le général et obtiennent de désarmer les troupes nationalistes temporairement, afin de les guider vers un port où embarquer20. La nouvelle de l’arrivée de ces hommes au Tonkin provoque cependant un début de crise diplomatique et Pékin menace Paris d’envahir l’Indochine ainsi que de renforcer son soutien au Viet-Minh si libre passage est octroyé à Huang Chieh. Ordre est alors donné d’enfermer les nationalistes sur l’île de Phu Quoc, au large du Vietnam et du Cambodge. Paris souhaite les laisser là en attendant un règlement du conflit tandis que les États-Unis multiplient les propositions pour réarmer ces troupes pour les envoyer combattre le Viet-Minh21. Le général Jean de Lattre de Tassigny (1889-1952), en charge du théâtre indochinois, les considère, lui, comme une monnaie d’échange pour un renforcement de l’aide américaine mais surtout, si libérés ou réarmés, comme un facteur aggravant des relations avec la Chine. Finalement, la désagrégation de la situation en Indochine et la rupture générale des relations potentielles entre Paris et Pékin permettent, quatre ans après leur arrivée, de laisser partir Huang Chieh et ses soldats à Taïwan22.
L’ambassade de France réfugiée à Hong Kong est finalement suspendue et le consulat de Taipei est transformé en bureau détaché de l’ambassade. Toujours dans le flou et sous la pression de groupes internes souhaitant la reconnaissance de Pékin, la France se contente dès lors d’un chargé d’affaires auprès de la Chine dite « Libre » de Chiang Kai-shek. Celle-ci s’est en effet soudainement relevée de sa quasi-disparition après le début de la guerre de Corée en 1950. Le retour de la flotte américaine dans le détroit de Taïwan garantit sa survie et désormais le Généralissime réfléchit aux meilleurs moyens de combattre le communisme en Asie afin de reconquérir le territoire chinois. Alors que les Français sont de plus en plus débordés en Indochine, l’hypothèse d’employer des divisions chinoises libres surgit, surtout que la Civil Air Transport (CAT), une compagnie aérienne liée au Service Action des renseignements nationalistes, soutient l’effort militaire français depuis les opérations Squaw et Castor, respectivement en mai et en novembre 1953. Chiang Kai-shek est peu favorable à cette option, surtout qu’il considère l’effort français en Indochine comme vain, mais décide d’accepter de discuter des modalités de déploiement. La chute de Dien Bien Phu intervient avant que ce plan ne puisse voir le jour – s’il était encore réalisable – rouvrant une fenêtre de tir pour que la France reconnaisse la Chine populaire lors des discussions de Genève23.

La situation n’est, cela dit, pas encore mûre pour opérer la reconnaissance, ni pour Paris, trop dépendante des subsides américains, ni pour Pékin, qui reste dans sa ligne d’opposition aux impérialismes, Zhou Enlai (1898-1976) et Pierre Mendès-France (1907-1982) se contentant de négociations pacifiées. Malgré tout, plusieurs contacts sont pris, notamment via le communiste Jean Dresch (1905-1994) et ses amis Jean-Paul Sartre (1905-1980) et Simone de Beauvoir (1908-1986) qui visitent une Chine dont ils rapportent un portrait mélioratif, occultant purges, laogai et autres vicissitudes d’un pays au bord du grand bouleversement du Grand Bond en avant. Edgar Faure (1908-1988) réalise aussi une visite en 1957, qui posera les jalons de la reconnaissance de 196424.
Pour Chiang Kai-shek, le jeu de la France est trouble : Paris a voté en faveur de la République de Chine à l’ONU lors d’un vote initié par l’URSS pour intégrer la République populaire, le 13 janvier 1950, mais a voté pour l’invitation d’un représentant de la Chine populaire à l’ONU quelques mois plus tard. Il s’inquiète de voir des hommes politiques plutôt favorables à Pékin, comme Guy Mollet (1905-1975) ou Edgar Faure, arriver aux affaires. Surtout, l’ambassade de Taipei n’accueille pas un ambassadeur de plein exercice mais un ministre plénipotentiaire chargé d’affaires, traduisant l’instabilité de la situation. Quatre hommes se succèdent ainsi à ce poste : Georges Cattand de 1953 à 1956, Amédée Beaulieux de 1956 à 1960, Emile de Curton de 1960 à 1963 et enfin Pierre Salade de 1963 à 1964.
Les relations entre la France et la Chine Libre passent au palier secondaire : les élites du régime nationaliste mènent une diplomatie de lobbying assez proactive, mais les relations d’État à État se limitent de plus en plus. La première dame Song Meiling et le Vice-Président Chen Cheng visitent une exposition d’art français en février 195525, puis ce dernier gratifie l’ambassade française de sa présence lors des festivités du 14 juillet en 195926. Des délégations françaises sont reçues à Taipei, notamment le président du conseil municipal de Paris, Pierre Ruais (1907-1996)27, qui visite l’île pour la fête nationale du 10 octobre 1956, ou encore le patron du syndicat de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) Maurice Bouladoux (1907-1977) en 196228. Taipei accueille aussi plusieurs voyages diplomatiques de l’ancien président du Conseil Antoine Pinay (1891-1994) en novembre 1957 et en mars 196129. Ce dernier passe une semaine à Taïwan et malgré des positions auparavant partisanes d’une ouverture avec la Chine communiste30, il se fait le chantre du régime de Chiang Kai-shek. À son retour en 1957, il donne une interview durant laquelle il fustige la conquête du désir humain de la liberté par le PCC et déclare que le KMT « a montré une autre voix », basée sur une culture chinoise « purement humaniste »31. La Chine « Libre » jouit aussi de la bonne presse de journalistes comme Fernand Gignon32 ou de l’ex-communiste Guy Vinatrel33. L’île devient aussi le théâtre d’une aventure du plus français des agents américains dans « Métamorphose à Formose » de Jean Bruce (1949-1963), publié en 195934. Dans ce livre fouillé35, Hubert Bonisseur de la Bath, aka OSS 117, cherche à connaître les raisons de la disparition d’un certain Wei Chou-chen, technicien atteint d’un syndrome d’irradiation aiguë, ayant travaillé dans une base militaire où les Américains installaient des missiles Redstone et où une bombe atomique aurait disparu36.

Le coup de tonnerre
Les années passent et les relations entre la RdC et la France ne s’améliorent pas substantiellement. Si les deux pays sont officiellement dans le même camp dans la Guerre Froide, leurs intérêts sont éloignés. Pourtant, ils ont un opposant commun : la Chine communiste qui soutient activement, à partir de 1955, le soulèvement algérien. Le soutien chinois débute durant la Conférence de Bandung et se concrétise par la réception d’une délégation du Gouvernement provisoire de la République algérienne, menée par Benyoucef Benkhedda (1920-2003) le 3 décembre 1958. Pékin débute alors une campagne de soutien au Front de Libération Nationale en envoyant des équipements militaires, des armes, des munitions, des explosifs et une équipe de techniciens durant la bataille des frontières pour former les officiers algériens37.
L’arrivée au pouvoir du général De Gaulle, le règlement du conflit algérien par les Accords d’Évian et la reprise de contact entre autorités françaises et chinoises lors des accords de Genève sur le Laos en 1962 font évoluer les choses. Le général, revenu aux affaires et conforté dans sa position par le référendum sur le suffrage universel pour l’élection présidentielle, est favorable à une ouverture politique avec la Chine. Il est effectivement influencé par la vision d’Edgar Faure, compagnon de route du gaullisme, qui lui a dédicacé son livre « Le Serpent et la Tortue. Les problèmes de la Chine populaire »38. Taipei ne s’attend pourtant pas à une rupture avec la France : Paris n’a pas de représentant diplomatique en Chine contrairement au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, deux pays qui sont vus bien plus négativement par la RdC. Mais les choses se précipitent. En octobre 1963, Faure est envoyé en tant que représentant auprès du pouvoir de Pékin pour discuter des tenants et aboutissants éventuels d’une reconnaissance. Les agents de Chiang Kai-shek sont sur sa trace et un rapport contingenté est produit au même moment par la CIA. La France envoie déjà plusieurs signaux à ses alliés sur sa volonté de reconnaître la Chine, notamment via des indiscrétions du ministre des Affaires étrangères Maurice Couve de Murville (1907-1999)39. L’intérêt pour Paris de reconnaître la Chine est multiple. Pékin entretient un réseau diplomatique important en Afrique où Zhou Enlai fait une triomphante tournée diplomatique en décembre 1963. Mais surtout, Paris voit en la Chine un partenaire de contestation possible contre le Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires, signé en août 1963 à l’initiative de Washington et de Moscou. L’objectif de l’accord est d’empêcher la prolifération nucléaire alors que la France et la Chine, malgré les désaccords des États-Unis et de l’URSS, sont chacunes en train de terminer leurs programmes atomiques militaires40. De Gaulle et ses diplomates cherchent, de surcroît, à limiter l’influence américaine sur leur position internationale et un coup comme celui-ci est envisagé comme une sévère rupture ainsi qu’une marque d’indépendance. Enfin, il est vrai que les échanges économiques avec la Chine nationaliste sont minimes : 6.6 millions de francs d’exportations et 10 millions d’importations françaises contre respectivement 288 millions et 104 millions avec la Chine populaire41.

Pour Chiang Kai-shek, le rapprochement franco-chinois est une très mauvaise nouvelle. L’année 1962 a coïncidé avec une tentative nationaliste de reconquête du Continent, tuée dans l’œuf par le parrain américain. Depuis, Taïwan est en rupture avec le président John Kennedy (1917-1963), surtout que Chiang désapprouve pleinement la politique américaine au Sud-Vietnam et en particulier le putsch soutenu par la CIA contre le président Ngô Đình Diệm (1901-1963)42. Le Généralissime chinois, en sus, estime la situation mûre pour renverser le régime de Mao : le pays est en désordre complet, frappé par les retombées du Grand Bond en avant et isolé internationalement depuis le divorce sino-soviétique. La défection française arrive donc au pire moment pour le pouvoir de Taipei, qui a besoin de partenaires fiables dans sa lutte contre le communisme. Chiang est ainsi hanté par l’idée de voir sa situation à Taïwan confirmée et d’assister à la division de la Chine en deux entités séparées. Cette politique des « deux Chines » promue en interne par JFK et qui serait particulièrement accommodante pour un grand nombre de pays occidentaux, au premier rang desquels la France, le Royaume-Uni et le Japon, est rejetée en bloc par Taipei43. Il s’agit de ne pas oublier ici que la raison d’être du KMT et de ses chefs réside dans l’unité du peuple chinois derrière le tridémisme, un combat qu’ils portent depuis 1913. Les cadres de la Chine communiste, à l’époque, ne sont pas aussi virulents. Isolés diplomatiquement, ils ne peuvent pas se permettre de rejeter des éventuels alliés ou partenaires et si une reconnaissance unique de Pékin a la faveur de leurs yeux, Zhou Enlai et ses ambassadeurs s’accommodent très bien de la situation de double reconnaissance tacite observée par Amsterdam et Londres.

Or, la décision française est déjà prise au retour de Faure en France en novembre 1963. De Gaulle souhaite cependant ménager son ancien allié de la Seconde Guerre mondiale en le prévenant directement dans les formes de la reconnaissance imminente de la République populaire44. Malgré tout, sur le plan interpersonnel, il semble que le général ait quelques scrupules à réaliser, au nom des intérêts français certes, ce qui apparaît comme une trahison de premier ordre d’un compagnon d’armes de la guerre contre le fascisme.
Une missive parvient à Paris le 24 décembre, signée de la main de Chiang Kai-shek, prévenant le gouvernement français de « ne pas sombrer face aux mirages » promis par une Chine communiste qu’il juge impotente et mortifère45. De fait, Chiang est peut-être le chef d’État le mieux au fait de la situation désastreuse du pays après le Grand Bond. Le chef de la Chine nationaliste y détaille aussi l’aide apportée pendant des années par la Chine aux « rebelles anti-français » de l’Empire colonial : au Vietnam, en Algérie, à Djibouti, en Guinée auprès de Sékou Touré (1922-1984) … Le Président américain Lyndon Johnson (1908-1973) entre aussi dans la danse en poussant la Belgique et l’Allemagne de l’Ouest à faire pression sur De Gaulle46. Au début du mois de janvier, Taipei réfléchit à contracter une importante commande d’armes françaises pour retarder la reconnaissance, mais le projet est abandonné le 16 selon le chef d’état-major Lai Ming-tang47.
En réponse, De Gaulle décide d’envoyer Pechkoff, devenu son émissaire diplomatique personnel48, et Guillermaz, porteurs d’une lettre manuscrite. Chiang Kai-shek les reçoit à la Zhongxing Guesthouse, dans le parc montagnard de Yangmingshan. Jacques Guillermaz fait un descriptif précis des discussions pendant lesquelles le généralissime « inchangé » expose, quasiment sans notes, toutes les raisons pour lesquelles De Gaulle devrait renoncer à son projet49. Il évoque d’abord une analogie entre le De Gaulle de 1940 et sa situation personnelle, appelant ses interlocuteurs à faire confiance à son projet de reconquête. Il rappelle le soutien chinois aux mouvements décoloniaux alors que la France possède encore des territoires, comme Djibouti, qui restent sous son emprise en Afrique50. Il souligne aussi, à raison, que le Royaume-Uni n’a rien retiré de sa reconnaissance quasi-officielle de la République populaire, propriétés et biens anglais ayant été nationalisés, comme le reste. Enfin, il fustige l’absence d’enquête fonctionnelle française en Chine et à Taïwan pour connaître les véritables situations des deux rives. En taisant son bilan peu glorieux en droits humains, il s’appuie notamment sur les silences de Faure, Sartre, Beauvoir et du PCF sur les laogai, la famine désastreuse qui frappe la Chine, sur les répressions politiques violentes et sur la destruction de la culture chinoise traditionnelle51. Bien sûr, Pechkoff et Guillermaz ne peuvent que l’écouter monologuer sans pouvoir influencer la décision prise à Paris. Chiang Kai-shek prévient ses deux interlocuteurs par ailleurs : le précédent français aura un impact sur les autres pays occidentaux, sur les pays de l’Asie du Sud-Est et sur les pays d’Afrique francophone, dont beaucoup sont des soutiens de Taipei52.
La reconnaissance de la Chine populaire est effective le 27 janvier. Pour ce qui est de la suite, les positions divergent. Le biographe de De Gaulle, Jean Lacouture, semble considérer que c’est Pékin qui a imposé, avec l’aval de De Gaulle, la notion de Chine unique, précisant que la reconnaissance française de la Chine rouge équivalait à un rejet de la théorie des deux Chines53. Cela semble être une construction post fact pour justifier la position chinoise, confirmer le soutien de la France à ce concept de « Chine unique » et redresser le rôle de De Gaulle dans la politique chinoise. En réalité, les recherches récentes prouvent, au contraire, que De Gaulle ne souhaite pas la rupture avec Taipei. Au contraire, il semble espérer, un peu en vain, que Chiang Kai-shek n’ordonnera pas le retrait de l’ambassadeur Gao Shiming54. De surcroît, le communiqué français précise l’établissement de relations avec le « gouvernement de la République populaire de Chine ». Dans un monde diplomatique où le vocabulaire est central, l’utilisation du terme « gouvernement » plutôt que « Chine » ou directement « République Populaire de Chine » traduit une ambition bien autre que celle de la reconnaissance unique et unilatérale55. De même, si Pékin commence depuis la fin des années 1950 à insister sur la ligne de la « Chine unique » (en en particulier la crise de Kinmen de 1958), ce n’est pas une condition sine qua non, en témoignent les relations entretenues avec Londres et Amsterdam et surtout l’absence de clause imposant à Paris d’expulser les ambassadeurs de Taipei. Sans faire de De Gaulle un combattant de la politique des deux Chines, il est plutôt clair que Paris n’envisage pas à l’origine de rupture avec Taipei. Même si la question de Taïwan est très mineure par rapport aux intérêts français en Chine, la France ne souhaite pas être à l’origine de la rupture avec la Chine « Libre ».
Il s’agit de rendre ses lauriers à Chiang Kai-shek, car il est bien le principal ingénieur du concept de « Chine unique ». Celle-ci n’est, en outre, pas une composante directe de la position de De Gaulle en 1964 vis-à-vis de la Chine « Libre » de Taïwan. Chiang voit, en vérité, cette position comme une assurance-vie. De nombreux pays occidentaux rechignent à sacrifier leurs liens avec Taïwan (et in extenso à détériorer leurs rapports avec les États-Unis) pour une ambassade à Pékin, dans une Chine encore imprévisible (en témoigne le lancement en 1966 de la Révolution culturelle)56. En retirant l’ambassadeur Gao et en fermant l’ambassade de Paris le 10 février 1964, Chiang envoie un message au Canada, à l’Italie, au Japon, à l’Autriche et au Benelux, tous tentés par une ouverture avec Pékin. C’est donc bien Taipei qui a pris l’initiative de la rupture avec Paris et non l’inverse57.
Pour Taipei, la reconnaissance française est un coup de semonce. Plusieurs de ses alliés tentent de suivre l’exemple de Paris, comme le Japon, le Canada et l’Italie. Ces décisions ne seront effectives que durant les années 1970. Johnson est furieux, surtout qu’il espérait, finalement, voir cette situation créer un précédent de deux Chines qui améliorerait la situation diplomatique de Taïwan, notamment à l’ONU où le siège de la Chine, occupé par les émissaires de Chiang Kai-shek, est remis à débat tous les ans.
Pour Paris, la rupture avec Taipei n’apporte que peu de choses. Jacques Guillermaz lui-même témoigne du peu d’entrain, à peine deux ans plus tard, pour les relations sino-françaises. Pékin n’offrit aux ambassadeurs français qu’une école délabrée en sus de l’ambassade et aucun avantage économique, culturel ou politique ne fut accordé à la France. Le colonel, spécialiste du monde chinois, tente bien de faire accepter le principe d’un maintien consulaire ou de l’ouverture d’une représentation culturelle à Taipei, mais sa proposition reste lettre morte. Il témoigne par ailleurs que même De Gaulle, le 10 août 1967, remarquera l’absence d’avantages obtenus par ce coup diplomatique audacieux. Comble même, la Chine, en pleine Révolution culturelle, continue de soutenir les indépendantistes dans les quelques derniers territoires coloniaux français et se couvre de pancartes antigaullistes en soutien au mouvement de mai 196858. Dès 1964, la Chine tente d’infiltrer, avec succès, le personnel diplomatique français en envoyant l’un de ses agents, le fameux Shi Peipu (1938-2009) piéger le comptable de l’ambassade, Bernard Boursicot (né en 1944). Le pot aux roses n’est découvert qu’en 198359. Première arrivée, la France ne fera l’objet d’aucun passe-droit dans ses relations avec la Chine, même lors de la libéralisation du pays dans les années 198060.
La rupture de 1964 inaugure une période de vide diplomatique entre Paris et Taipei. La France se consacre, en Asie, à essayer de faire fructifier sa nouvelle relation avec Pékin et évite ainsi tout contact avec la RdC. Le régime de Chiang Kai-shek, de son côté, voit son projet de reconquête de la Chine s’effondrer alors que l’ascendant diplomatique et militaire de la RPC se confirme année après année. Il faut véritablement attendre la démocratisation de l’île et le boom économique qui suit pour que la France ne développe de nouveaux intérêts vis-à-vis de l’archipel taïwanais. Ces nouvelles relations économiques et politiques connaîtront deux pics, entre le mitan des années 1980 et 1994 puis depuis 2019, marqués notamment par les fameuses « frégates de Taïwan », une titanesque affaire de corruption qu’il s’agit d’aborder dans la partie suivante.
Laignel Sauvage, « 1964 : la France reconnaît la République populaire de Chine » [en ligne], site de l’Institut National de l’Audiovisuel, 11 avril 2023 : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/reconnaissance-republique-populaire-chine-france.
Bensacq-Tixier Nicole, La France en Chine de Sun Yat-sen à Mao Zedong 1918-1953, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, pp. 453-480.
Lin Hua, Chiang Kai-shek, De Gaulle contre Hô Chi Minh : Viêt-nam 1945-1946, Paris, Perspectives Asiatiques, 1994, pp. 122-126.
百年傳承走出活路 : 中華民國外交史料特展 (Bai nian chuan cheng zou chu huo lu : Zhonghua Minguo wai jiao shi liao te zhan ), [Un siècle de tradition de résilience : Exposition des archives diplomatiques de la République de Chine], Taipei, Maison d’édition du Musée du Palais, 2011, pp. 172-176.
Lin Hua, op. cit., pp. 241-250.
Guillermaz Jacques, Une vie pour la Chine : Mémoires 1937-1989, Paris, Robert Laffont, 1989, p. 151.
Ibid., pp. 267-276.
Brizay Bernard, La France en Chine : Du XVIIe siècle à nos jours, Paris, Perrin, 2013, p. 483.
Taylor Jay, The Generalissimo: Chiang Kai-shek and the struggles for modern China, Cambridge, The Belknap Press of Harvard University Press, p. 344.
Bensacq-Tixier Nicole, op. cit., pp. 623-690.
Ibid.
« French Consulate at Taihoku », The Syonan Shimbun, 25 février 1942, p. 1.
Bensacq-Tixier Nicole, op. cit., pp. 623-690.
L’Amiral Amédée Courbet avait mené le siège de l’île ainsi que des Pescadores au nom de la jeune IIIe République entre 1884 et 1885. Jules Ferry, soutenu par les grands charbonniers français, rêvait de s’emparer de l’île. Au final, l’invasion française s’est soldée par un échec tactique et la France n’a obtenu “que” la suzeraineté sur le Tonkin et de nouvelles concessions en Chine. Le futur Maréchal Joffre avait participé, au sein du corps du génie, à la campagne.
Pour plus de détails, Chang Yu-chi, « Leaves, Silkworms, Yue Fei: Ways of Imagining the Territory in 1930s China », Twentieth-Century China, Vol. 49, No. 2 (Mai 2024), pp. 89-110.
Hsiao Frank & Sullivan Lawrence, « The Chinese Communist Party and the Status of Taiwan, 1928-1943 », Pacific Affairs, Vol. 52, No.3 (Automne 1979), pp. 446-467.
Le fameux Incident 2.28 a débuté sur un conflit entre agents corrompus du bureau des Monopoles chargé de la gestion des ressources primaires et essentielles de l’île et locaux participant à un marché noir vital face aux prix exorbitants imposés par le gouverneur provincial. Le gouverneur Chen Yi a par la suite opté pour la force, provoquant une insurrection généralisée réprimée dans le sang. Cet épisode est un marqueur central de la mémoire taïwanaise indépendantiste de nos jours.
Brizay Bernard, op. cit. p. 486.
Bensacq-Tixier Nicole, op. cit., pp. 623-690.
Han Cheung, « Taiwan in Time: Stranded in paradise », Taipei Times, 30 juin 2019.
Lin Hsiao-ting, Accidental State: Chiang Kai-shek, the United States and the making of Taiwan, Cambridge, Harvard University Press, 2016, pp. 210-211.
Han Cheung, op. cit.
Taylor Jay, op. cit., pp. 470-471.
Bensacq-Tixier Nicole, op. cit., pp. 691-696.
總統夫人宋美齡及副總統陳誠夫婦等參觀法國名畫展覽 (Zǒngtǒng fūrén sòngměilíng jí fù zǒngtǒng chénchéng fūfù děng cānguān fàguó mínghuà zhǎnlǎn) [La Première dame Soong Meiling, le vice-président Chen Cheng et son épouse ont visité une exposition de célèbres tableaux français], 蔣中正總統文物 (Jiǎng zhōngzhèng zǒngtǒng wénwù), [Reliques Culturelles du Président Chiang Kai-shek], Collection du Musée national d’histoire (國史館藏 Guóshǐ guǎncáng), Taipei, 10 février 1955, numéro de collection digitale : 002000000013F.
« 照片看歷史/1959年駐華代辦鮑禮育辦法國國慶酒會 副總統陳誠伉儷致賀 » (Zhàopiàn kàn lìshǐ/1959 nián zhù huá dàibàn bàolǐyù yuàn guóqìng jiǔhuì fù zǒngtǒng chénchéng kànglì zhì hè), [Des photos au regard de l’Histoire/1959, le chargé d’affaires français Beaulieuxà Taïwan, accueille une réception pour la fête national française ; le vice-président Chen Cheng et son épouse présentent leurs félicitations], United Daily News, 14 juillet 2024.
總統蔣中正接見來華參加國慶之法國巴黎市長呂靄 (Zǒngtǒng jiǎng zhōngzhèng jiējiàn lái huá cānjiā guóqìng zhī fàguó bālí shìzhǎng lǚ ǎi), [Le Président Chiang Kai-shek a rencontré le maire de Paris, Ruais, qui se trouvait en Chine pour participer aux célébrations de la fête nationale], ], 蔣中正總統文物 (Jiǎng zhōngzhèng zǒngtǒng wénwù), [Reliques Culturelles du Président Chiang Kai-shek], Collection du Musée national d’histoire (國史館藏 Guóshǐ guǎncáng), Taipei, 11 octobre 1956, numéro de collection digitale : 002-050101-00027-086.
Taiwan Review Chronology, Taiwan Today, 1er mai 1962.
總統蔣中正接見法國前總理皮奈 (Zǒngtǒng jiǎng zhōngzhèng jiējiàn fàguó qián zǒnglǐ pí nài), [Le Président Chiang Kai-shek a rencontré l’ancien Président du Conseil français Antoine Pinay], ], 蔣中正總統文物 (Jiǎng zhōngzhèng zǒngtǒng wénwù), [Reliques Culturelles du Président Chiang Kai-shek], Collection du Musée national d’histoire (國史館藏 Guóshǐ guǎncáng), Taipei, 18 mars 1961, numéro de collection digitale: 002000000041P.
« M. Pinay : la France envisage d’engager des pourparlers économiques et culturels avec la Chine populaire », Le Monde, 28 juillet 1955.
Chronology, Taiwan Today, 1er novembre 1957.
Gigon Fernand, Formose ou les tentations de la guerre, Paris, Documents du Monde, 1955.
Vinatrel Guy, « La vie administrative à l’étranger : le régime politique de la Chine libre », La Revue administrative, No. 55 (Janvier-février 1957), pp. 76-78.
Avant d’être incarné au cinéma par Jean Dujardin dans les films de Michel Hazanavicius, OSS 117 naît, avant James Bond, sous la plume de Jean Bruce dans des romans d’espionnage très sérieux. Il n’est d’ailleurs pas un agent du SDECE français mais un membre de la CIA, aux origines françaises nobles.
Il faut admettre que Jean Bruce a fait un excellent travail de recherche. Il mentionne Beitou et la géographie de Taipei, parle de la Western Enterprise Inc., la société-écran qui sert de succursale à la CIA sur l’île et mentionne bien Chiang Ching-kuo, le fils de Chiang Kai-shek, comme le responsable des services de renseignements insulaires, entre autres détails assez précis.
Bruce Jean, Métamorphose à Formose, Paris, Les Presses de la Cité, 1959.
Abdulhasan Baydaa Talid, « Chinese Involvement in the Algerian Conflict (1954-1962: A Historical Examination », Eurasian Journal of History, Geography and Economics, Vol. 31 (Avril 2024), pp. 1-11.
Lacouture Jean, De Gaulle Tome 3 : Le Souverain, Paris, Seuil, 1986, pp. 439-440.
« Gaullist France and Communist China », Washington D.C., CREST, 23 octobre 1963, numéro de collection digitale: CIA-RDP79R00904A001000020021-8.
Lumbers Michael, Piercing the bamboo curtain: Tentative bridge-building to China during the Johnson years, Manchester, Manchester University Press, 2008, pp. 62-63.
Cabestan Jean-Pierre, « France’s Taiwan policy: a case of shopkeeper diplomacy », article présenté à la conférence The Role of France and Germany in Sino-European Relations à la Hong Kong Baptist University, 22-23 juin 2001.
Garver John, The Sino-American Alliance: Nationalist China and American Cold War strategy in Asia, Londres & New York, Routledge, 1997, p. 212.
Lumbers Michael, op. cit., pp. 21-28.
Lacouture Jean, op. cit., p. 441.
Ibid.
Lumbers Michael, op. cit., p. 65.
Lai Ming-tang 賴名湯, 賴名湯日記 : 民國 五十二年 – 五十五年 (Lài míng tāng rìjì: Mínguó Wǔshí’èr nián – wǔshíwǔ nián) [Les mémoires de Lai Ming-Tang : années républicaines 52 – 55], Taipei, Editions de l’Academia Historica, 2016, p.172.
De Sairigné Guillemette, op. cit., pp. 599-604.
Guillermaz Jacques, op. cit., pp. 289-298.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Lacouture Jean, op. cit., p. 442.
De Sairigné Guillemette, op. cit., p. 603.
Cabestan Jean-Pierre, op. cit.
Lumbers Michael, op. cit., p. 64.
« 法中建交五十年特別節目-呂慶龍談法中台關係 » (Fǎ zhōng jiànjiāo wǔshí nián tèbié jiémù-qìng lǚ lóng tán fǎ zhōng tái guānxì), [Emission spéciale commémorant le 50e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques franco-chinoises – Lü Qinglong évoque les relations entre la France, la Chine et Taïwan], Radio France Internationale, 5 février 2014.
Guillermaz Jacques, op. cit., pp. 296-298.
Drouelle Fabrice, « Diplomate français le jour, espion chinois la nuit », Affaires Sensibles, France Inter [podcast], 22 septembre 2022, lien : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/affaires-sensibles-du-jeudi-22-septembre-2022-4222097.
Van der Made Jan, « Six decades of rocky relations between France and China », Radio France Internationale, 27 janvier 2024.


