De l’affrontement à la métaphore du "couple" : les difficultés des relations franco-allemandes de 1870 à nos jours
Depuis la fin du XIXᵉ siècle, les relations entre la France et l’Allemagne occupent une place particulière dans l’histoire européenne et mondiale. En moins d’un siècle, les deux États sont passés du statut d’ennemis héréditaires (1) à celui de partenaires de l’intégration européenne. Pourtant, cette évolution est marquée par trois guerres majeures, des rivalités territoriales, des différences politiques et économiques, mais également par des difficultés à dépasser ces mêmes différends.
L’historiographie a d’ailleurs longtemps présenté les deux pays comme des ennemis héréditaires, avant de mettre en évidence le processus de rapprochement progressif qui s’est développé après 1945. Mais, depuis la réunification des deux Allemagne, la remise en cause du « couple » franco-allemand, sur les terrains économiques et politiques, ne cessent de faire vaciller, un à un, des projets de coopération. La question allemande, si elle a toujours occupé une place particulière dans l’histoire des relations internationales, poursuit son cours, sans trouver une issue stable, notamment vis-à-vis de la France, mais aussi entre l’Alliance Atlantique et l’UE.
La chronologie retenue permet de suivre cette transformation. Du 4 septembre 1870, au 12 septembre 1990, la relation entre la France et l’Allemagne, intégrée dans et motrice de l’environnement international, ne corrpond à une succession de grandes ruptures dans la manière dont Français et Allemands se perçoivent et organisent leurs relations. Dès lors, comment les relations franco-allemandes sont-elles passées d’une logique d’affrontement à une logique de coopération, et pourquoi les tensions n’ont-elles pour autant jamais totalement disparu ?

I. De 1870 à 1945 : la construction d’une rivalité durable et impériale
Le 4 septembre 1870 : naissance d’un empire et d’une République
Le 4 septembre 1870 constitue un premier moment essentiel. Deux jours après la défaite française de Sedan et la capture de Napoléon III, la chute du Second Empire entraîne la proclamation de la IIIᵉ République à Paris. Cette naissance politique est directement liée à la guerre contre la Prusse et ses alliés allemands. Le nouveau régime est ainsi fondé dans un contexte de défaite, d’invasion et de crise nationale.
La guerre de 1870-1871 bouleverse l’équilibre européen et parachève l’entreprise bismarckienne d’unité allemande. La victoire des troupes prussiennes conduit à la proclamation de l’Empire allemand (IIe Reich) en janvier 1871 à Versailles et au traité de Francfort de mai 1871, qui impose notamment à la France la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine ainsi qu'une importante indemnité de guerre. La question de l’Alsace-Lorraine devient alors un élément central de la mémoire française et nourrit une volonté de revanche qui pèse durablement sur les relations entre les deux pays. En France, l’Allemagne devient une puissance menaçante dont il faut limiter l’influence. En Allemagne, la victoire de 1871 renforce au contraire le sentiment d’unité nationale autour du nouvel Empire (le IIe Reich). La relation franco-allemande se construit ainsi, dès son origine contemporaine, sur une forte asymétrie, où la France cherche à retrouver sa puissance tandis que l’Allemagne cherche à consolider la sienne.
Même après cet événement malheureux pour la France, les tensions franco-allemandes restent palpables sur la scène internationale. Dans un premier temps, le chancelier Otto von Bismarck encourage l'expansion coloniale française en Afrique et en Asie pour détourner Paris de la question d'Alsace-Lorraine. Toutefois, l'avènement de la Weltpolitik (2) sous le règne de Guillaume II à partir des années 1890 rompt cet équilibre et Berlin revendique une « place au soleil », cherchant à contester la prépondérance du domaine colonial français. Cette opposition culmine lors des deux crises marocaines (1905-1911) où l'Allemagne, poussée par ses ambitions de Weltpolitik (politique mondiale), veut briser les arrangements et projets coloniaux de Paris. Bien que ces tensions trouvent des règlements diplomatiques, elles échouent à apaiser les frictions. Au contraire, ces affrontements impériaux renforcent le sentiment d'encerclement à Berlin, cimentent l'alliance entre la France, la Grande-Bretagne et la Russie.

Le 6 septembre 1914 : la bataille de la Marne et la revanche
Quarante-quatre ans plus tard, le 6 septembre 1914 marque le début de la première bataille de la Marne. Les forces françaises, soutenues par les Britanniques, parviennent à arrêter l’avancée allemande vers Paris. Cette bataille constitue un tournant de la Première Guerre mondiale et montre que la rivalité franco-allemande n’a pas été résolue après 1871. La Première Guerre mondiale donne une dimension nouvelle à cette opposition. Le conflit mobilise les sociétés dans leur ensemble et contribue à renforcer les représentations négatives de l’adversaire. Les recherches sur les relations franco-allemandes montrent que la guerre provoque une véritable « guerre des esprits » : les échanges intellectuels et universitaires sont fortement réduits, tandis que la propagande contribue à diffuser des images hostiles de l’ennemi. Cette situation pèse encore sur les relations entre les deux pays dans l’entre-deux-guerres.
Même après la fin des combats, la paix ne suffit donc pas à reconstruire une relation stable. Le traité de Versailles de 1919 et les conditions imposées à l’Allemagne entretiennent de nouvelles frustrations. En France, la sécurité face à l’Allemagne demeure une priorité, tandis qu’en Allemagne, les dispositions du traité sont vécues comme une humiliation. Ainsi, la paix de 1919 ne règle pas totalement les causes profondes de la rivalité. S’ouvre une période de tensions et de rapprochement, grâce notamment au travail d’Aristide Briand, artisan du Pacte de Locarno (1925) et du pacte Briand-Kellogg (1928), tandis que le Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, (NSDAP) ne cesse de conquérir l’opinion publique allemande., à partir du choc économique des années 1929-1930.

De 1925 à 1939 : apaisement et tensions des relations en Europe
Entre 1920 et 1935, les relations franco-allemandes oscillent entre une recherche inédite de détente diplomatique et un effondrement progressif face aux tensions économiques et politiques. L'année 1925 marque le début d'une phase de normalisation impulsée par les ministres des Affaires étrangères Aristide Briand et Gustav Stresemann Toutefois, la mort de Stresemann en octobre 1929 puis l'impact de la crise économique de 1929 affaiblissent ce processus fragile. La montée des nationalismes à Berlin, le durcissement des diplomaties allemandes successives et l'échec de la conférence sur le désarmement à Genève au début des années 1930 bloquent le dialogue institutionnel. L'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler en janvier 1933 met un terme définitif aux tentatives de conciliation diplomatique.
Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne après l’invasion de la Pologne. Cette nouvelle rupture montre l’échec des tentatives de stabilisation de l’Europe de l’entre-deux-guerres. En moins de soixante-dix ans, Français et Allemands sont donc engagés dans une troisième guerre majeure. La Seconde Guerre mondiale constitue une rupture encore plus profonde et matricielle de la relation entre la France et l’Allemagne. En effet, l’occupation de la France, la collaboration du régime de Vichy et les violences exercées par l’occupant rendent la réconciliation future particulièrement difficile. La mémoire de 1939-1945 devient ainsi plus lourde encore que celle de 1870 ou de 1914 et les études consacrées aux relations franco-allemandes soulignent que les traumatismes de la guerre expliquent en partie pourquoi la réconciliation de l’après-guerre a nécessité un important travail politique, culturel et mémoriel.
En 1945, alors même que leurs sociétés entretiennent de nombreux liens historiques, économiques et culturels, les deux Etats se retrouvent plongés dans la Guerre froide et dans les projets de réconciliation. C’est précisément cette rupture avec le passé qui va constituer le principal défi de l’après-guerre.

II. L’Après 1945 : construire une réconciliation avec l’Ouest
Le 14 septembre 1958 : de Gaulle et Adenauer, une première étape décisive
Le rapprochement franco-allemand commence réellement après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte entièrement nouveau. La création de la République fédérale d’Allemagne en 1949, la construction européenne et la mise en place de la Communauté européenne du charbon et de l’acier en 1951 permettent d’organiser la coopération autour d’intérêts communs. Cette coopération naît en partie de la méfiance : en mettant en commun le charbon et l'acier, la France cherche aussi à contrôler l'industrie lourde allemande. La réconciliation reste cependant fragile, car la méfiance n’a pas disparu.
D’un point de vue économique. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la diplomatie française cherche d'abord à contenir la puissance germanique en militant pour le démembrement économique et territorial de son voisin, notamment par le contrôle du bassin de la Sarre et de la Ruhr. Toutefois, sous la pression et les projets des États-Unis, la France réoriente sa stratégie. Notamment par la coopération, via la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), en 1951, permettant d'associer la relance industrielle française au spectaculaire « miracle économique » (Wirtschaftswunder) de la jeune République fédérale d'Allemagne (RFA). L'arrivée au pouvoir du général de Gaulle en 1958 et ses premières rencontres avec le chancelier Konrad Adenauer permettent néanmoins d'apaiser ces frictions, jetant les bases d'un partenariat politique stabilisé à la fin de la décennie. Ainsi, la rencontre entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, les 14 et 15 septembre 1958 à Colombey-les-Deux-Églises, constitue à ce titre un moment essentiel. En effet, Konrad Adenauer se montre initialement méfiant à l’égard du nouveau dirigeant français, notamment en raison des conceptions de de Gaulle concernant l’Europe, l’OTAN et les relations avec les États-Unis, mais la rencontre permet d’établir une relation personnelle solide entre les deux hommes.
Néanmoins, les historiens montrent que les divergences restent nombreuses dans les années suivantes. Charles De Gaulle souhaite une Europe plus indépendante des États-Unis, tandis qu’Adenauer demeure profondément attaché à l’ancrage occidental de la République fédérale. La coopération franco-allemande repose donc sur la coopération, mais tout en ne partageant pas nécessairement la même vision de l’Europe. Les nombreuses entrevues entre les dirigeants français et allemands, entre 1958 et 1962, aboutissent à une forme inédite de coopération. Le traité de l’Élysée de 1963 constitue finalement l’aboutissement institutionnel de cette dynamique. La réconciliation cesse alors d’être seulement une volonté politique pour devenir une coopération organisée (3), qui vise, en plus de la coopération entre les deux Etats une coopération dans la société civile en multipliant les échanges des jeunes et les jumelages, déjà amorcée dans les années 1950.

Vue d’ailleurs : un couple nécessaire mais contre-nature
Après 1945, le rapprochement franco-allemand est analysé par les historiographies des grilles de lecture géopolitiques très contrastées. Depuis plusieurs années, cependant, les études montrent que ce couple se forge avant tout dans un environnement international dont il dépend. La perception de cette relation s’inscrit davantage dans des relations multilatérales que bilatérales.
Du côté des États-Unis, la diplomatie américaine perçoit d'abord la réconciliation, concrétisée par la déclaration Schuman de 1950 puis le traité de l'Élysée de 1963, comme le pilier indispensable du containment (endiguement) face à l'Union soviétique et de l'intégration économique européenne. Cependant, les historiens américains soulignent les réticences de Washington face aux velléités d'autonomie stratégique portées par le gaullisme, redoutant un axe Paris-Bonn susceptible d'affaiblir l'Alliance atlantique.
A cet égard, la stratégie d'Henry Kissinger repose sur la doctrine pragmatique du Realpolitik (4) et la volonté de conserver la primauté de Washington sur le leadership du bloc occidental. Face à l'émergence de l'Ostpolitik (5) de Willy Brandt à la fin des années 1960, la diplomatie américaine menée par Richard Nixon et Henry Kissinger a d'abord réagi avec méfiance, craignant une neutralisation de la RFA et une fragilisation de l'OTAN. Pour contourner ce risque sans s'opposer frontalement à son allié, Kissinger a orchestré une stratégie de « canalisation » en intégrant ce rapprochement dans sa propre politique de détente globale, notamment via les négociations, via le premier traité Strategic Arms Limitation Talks (SALT I) et l'accord quadripartite sur Berlin de 1971.
Henry Kissinger considère également que l'axe Paris-Bonn est, à la fois un socle nécessaire à la stabilité de l'Europe occidentale, mais aussi une source potentielle de rivalité géopolitique si cet axe venait à s'émanciper de l’influence américaine.
Du point de vue de l'Union soviétique et de la Russie, ce rapprochement franco-allemand a été historiquement interprété avec une profonde méfiance. En effet, Moscou y voyait le noyau dur de la remilitarisation de la République fédérale d'Allemagne (RFA) intégrée au bloc occidental, la tentative de revanche d'une Allemagne revigorée appuyée par Paris, ainsi qu'une menace directe pour l'équilibre stratégique issu des accords de Yalta et de Potsdam.
Le 22 septembre 1984 : Verdun, la mémoire au service de la fragile réconciliation
Le 22 septembre 1984, François Mitterrand et Helmut Kohl se retrouvent à Verdun et se tiennent la main lors d’une cérémonie de commémoration. Le symbole est particulièrement fort : Verdun avait été l’un des principaux lieux de l’affrontement franco-allemand durant la Première Guerre mondiale. Cette cérémonie montre à quel point la relation entre les deux États a changé. Le même espace qui représentait autrefois la guerre devient désormais un lieu de mémoire partagé, après les commémorations du Débarquement. En juin 1984, Mitterrand n'invite pas Helmut Kohl aux commémorations, ce qui provoque une vive polémique. La cérémonie de Verdun sert en partie de geste de réparation, et la Première Guerre mondiale permet de commémorer ensemble sans aborder les crimes nazis (6).
La relation franco-allemande ne repose donc plus seulement sur des intérêts économiques ou stratégiques : elle cherche également à transformer la mémoire des conflits en instrument de rapprochement. Cependant, cette réconciliation n’est pas dépourvue de limites. Le geste de Mitterrand et Kohl a notamment fait l’objet de critiques, certains historiens et intellectuels estimant que Verdun renvoyait surtout à la Première Guerre mondiale et permettait d’éviter une confrontation plus directe avec la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et des crimes nazis. Le symbole de 1984 est donc à comprendre dans toute sa complexité. Il représente une avancée majeure, mais il montre également que la construction d’une mémoire commune reste difficile. L’amitié franco-allemande ne signifie pas la disparition du passé : elle suppose au contraire de parvenir à vivre avec celui-ci sans qu’il redevienne une source de confrontation.
Néanmoins, la période reste traversée par de profondes rivalités géopolitiques. Les velléités françaises d'autonomie stratégique (notamment par le retrait du commandement intégré de l’OTAN en 1966) et de défense européenne se heurtent à l'atlantisme indéfectible de la RFA, tandis que les réticences de Paris face aux initiatives ouest-allemandes de rapprochement avec l'URSS ou face au projet américain de Strategic Defense Initiative (SDI) rappellent la permanence d'intérêts nationaux distincts.

III. Depuis 1990 : une Allemagne réunifiée et un couple sous-tension
Le 12 septembre 1990 : la réunification allemande et la redéfinition de l’équilibre européen
Le 12 septembre 1990, le traité « 2+4 » est signé à Moscou par les deux États allemands et les quatre puissances occupantes de l’après-guerre, un traité qui règle les aspects internationaux de la réunification allemande et permet le rétablissement de la pleine souveraineté de l’Allemagne réunifiée. Cette évolution représente un nouveau défi pour la France, car, pendant la Guerre froide, la division de l’Allemagne avait contribué à limiter le poids géopolitique allemand en Europe. De fait, la réunification fait apparaître une Allemagne plus grande et potentiellement plus puissante et la France doit donc s’adapter à un nouvel équilibre européen et otanien.
La réponse française ne consiste pas à revenir à une politique de méfiance comparable à celle de la fin du XIXᵉ siècle, mais à approfondir l’intégration européenne. La relation franco-allemande devient ainsi un moyen d’inscrire la puissance allemande dans un cadre européen commun. La réunification représente donc simultanément une source d’inquiétude et une opportunité, même si l’opinion publique française y est largement favorable (7). Ainsi, l’Allemagne, démocratique, devient plus importante et son action doit davantage s’intégrer dans les institutions européennes, ce qui, pour le président Mitterrand est essentiel (8). Les travaux consacrés à l’évolution de la relation après 1989 soulignent toutefois l’apparition de nouvelles asymétries, notamment économiques. L’élargissement de l’Union européenne vers l’Europe centrale et orientale renforce le poids régional de l’Allemagne, tandis que la France peut avoir le sentiment de perdre une partie de son influence. Toutefois, le processus de réunification a laissé des traces économiques encore perceptibles aujourd’hui. A l’exemple de l'union monétaire, économique et sociale du 1ᵉʳ juillet 1990, matérialisée par la conversion du mark oriental à parité un pour un avec le Deutsche Mark, qui a brutalement exposé le tissu industriel de l'ancienne RDA à la concurrence internationale, provoquant un effondrement de la production de l'Est et un chômage de masse. Chargée de privatiser les entreprises d'État, l'agence fiduciaire (Treuhandanstalt) a accéléré la désindustrialisation des nouveaux Länder tout en accumulant une dette considérable.

De 1990 à aujourd’hui : une coopération réelle, mais jamais sans tensions
Depuis la réunification, la relation franco-allemande a profondément changé de nature. Il ne s’agit plus d’empêcher une guerre entre deux puissances rivales, mais de parvenir à faire travailler ensemble deux États qui ont des intérêts, des cultures politiques et des modèles économiques différents. L’Allemagne est davantage marquée par une culture de stabilité budgétaire, par le poids du fédéralisme et par une forte tradition de coopération économique. Les crises européennes ont souvent mis ces différences en évidence. Des recherches récentes montrent notamment que la France et l’Allemagne ont eu des positions différentes lors des crises économiques et énergétiques (1973-2022), en raison de structures et de priorités nationales divergentes.
Ces tensions sont également visibles au XXIᵉ siècle dans les domaines de la défense, de l’énergie, de la politique économique ou encore de la place de l’Union européenne dans le monde. Après la décennie 1990 marquée par un coût d'intégration colossal, le gouvernement du chancelier Gerhard Schröder engage au début des années 2000 les réformes de l'« Agenda 2010 » (notamment les lois Hartz), visant à flexibiliser le marché du travail et à réduire la dépense sociale. Couplées à une modération salariale durable négociée par les partenaires sociaux et à l'exploitation des chaînes de valeur intégrées en Europe centrale et orientale, ces mesures permettent à l'Allemagne d'éradiquer le chômage de masse de l'Est et de redresser ses finances publiques. Dès lors, le pays s'affirme comme le moteur exportateur de la zone euro (Exportweltmeister), tiré par un secteur industriel de haute valeur ajoutée. Même si les crises de 2008 et de 2020 ont largement freiné la croissance de l’Allemagne, il n’empêche qu’elle est aujourd’hui considérée comme la troisième puissance mondiale, juste derrière les Etats-Unis et la Chine.
Pourtant, les chercheurs soulignent que les institutions de coopération mises en place depuis 1963 restent solides et que la relation demeure indispensable au fonctionnement de l’Union européenne. La principale difficulté contemporaine réside dans la capacité des deux pays à trouver des compromis alors que leurs intérêts ne coïncident pas toujours. Les nouvelles semblent insister sur la capacité de l’Allemagne à être l’interlocuteur privilégié et le moteur de l’innovation en Europe. Le festival VivaTech 2026 a insisté sur le fait que Berlin reste un pôle de compétitivité technologique à fort potentiel ; tandis que les Etats-Unis, à travers l’Alliance Atlantique, favorisent le dialogue avec l’Allemagne en situation de crise.
Enfin, les difficultés rencontrées par Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont ainsi ravivé l’idée d’un « moteur franco-allemand », moins efficace qu’auparavant et soumis aux pressions des partis d’extrême droite.
Notes de bas de page
(1) MIARD-DELACROIX Hélène, WIRSCHING Andreas, Ennemis héréditaires ? Un dialogue franco-allemand, Paris, Fayard, 2020, 216 p.
(2) La Weltpolitik (allemand : politique mondiale) est une politique de rattrapage de l'Allemagne au plan géopolitique qui a été adoptée en Allemagne à la fin du XIXe siècle sous l'impulsion de Guillaume II.
(3) DEFRANCE Corine, PFEIL Ulrich (dir), Le Traité de l’Elysée et les relations franco-allemandes, 1945-1963-2003, Paris, CNRS Edition, 2005, 268 p. (réédition en 2012)
(4) Stratégie des rapports internationaux fondés sur l’efficacité, l'importance économique des intervenants et non sur des a priori idéologiques
(5) Politique étrangère mise en place par Willy Brandt, à partir des années 1960, d’ouverture vers les pays de l’Est et plus particulièrement vers la Russie.
(6) François Audigier, « Un geste politique : la poignée de main Mitterrand-Kohl du 22 septembre 1984 à Douaumont. Entre image et mémoire », dans Témoignage, mémoire et histoire, Éditions de l'Université de Lorraine
(7) BRAND-CRÉMIEUX Marie-Noëlle, Les Français face à la réunification allemande automne 1989-automne 1990, l’Harmattan, 2004
(8) SCHABERT Tilo, Mitterrand et la réunification allemande. Une histoire secrète (1981-1995), Grasset, 2005


